- Où : L’Auberge Saint-Mathieu, nichée au bord d’un lac à Saint-Mathieu-du-Parc, en Mauricie (Québec).
- Chef & table : Samy Benabed, jeune virtuose autodidacte à la tête de l’établissement gastronomique et de sa table d’exception.
- Chiffres clés : 1 première étoile Michelin obtenue, 1 étoile verte conservée et un carnet de réservations complet pour plusieurs mois.
- Nouveauté : Double consécration historique en mai 2026 avec le prix du Jeune Chef de l’année (Michelin) et celui de Chef de l’année (Lauriers).
Le 6 mai 2026 restera gravé dans l’histoire de la gastronomie québécoise. Ce jour-là, le prestigieux Guide Michelin publiait sa nouvelle sélection par communiqué. Pour l’Auberge Saint-Mathieu, petit joyau de dix chambres niché au bord d’un lac à Saint-Mathieu-du-Parc, en Mauricie, l’annonce a fait l’effet d’un séisme. L’établissement y décrochait sa première étoile Michelin tout en conservant son étoile verte, symbole de son engagement écoresponsable. Pour couronner le tout, son chef et copropriétaire, Samy Benabed, recevait le prix du Jeune Chef de l’année. Une consécration hors norme qui survenait seulement deux jours après que les Lauriers de la gastronomie québécoise l’avaient sacré Chef de l’année.
En moins de 72 heures, l’Auberge Saint-Mathieu a vu son destin transformé par une pluie de distinctions prestigieuses. Le téléphone s’est mis à sonner sans interruption, remplissant les carnets de réservations des mois à l’avance. Pour cette table régionale, cette reconnaissance n’est pas un simple trophée à afficher sur un mur, mais une véritable bouffée d’oxygène. Pourtant, pour Samy Benabed, l’étoile n’a jamais été une obsession ni un plan de carrière prédéterminé. C’est l’aboutissement d’un parcours singulier, guidé par l’instinct d’un adolescent de Trois-Rivières devenu l’une des figures de proue de la nouvelle scène culinaire d’Amérique du Nord.
Évidemment, ça rend très fier
« Évidemment, ça rend très fier. Ça donne sens à beaucoup de choses. Mais ce n’est pas pour ça qu’on fait ça. C’est beaucoup plus profond que ça. »
L’ascension fulgurante d’un virtuose d’instinct
Né de parents marocains, Samy Benabed grow up dans un environnement familial où la cuisine est omniprésente. Son premier contact avec le milieu de la restauration se fait par le biais du service de traiteur de son père, où il commence par faire la vaisselle le week-end. Plus tard, c’est à la Pizzeria 67, sous la direction du chef Dennis Bouffard, qu’il est propulsé derrière les fourneaux dès sa première semaine. Dans ces cuisines sans prétention, le jeune homme intègre des valeurs fondamentales de rigueur, d’organisation et de respect du travail bien fait.
C’est sans aucun diplôme officiel mais armé d’une curiosité insatiable que le jeune autodidacte a gravi les échelons des meilleures tables montréalaises. Il fait ses armes à la regrettée Salle à Manger, sur l’avenue du Mont-Royal, sous la tutelle de Samuel Pinard. Le restaurant fonctionne en prise directe avec les producteurs locaux, une révélation pour le jeune cuisinier qui cumule alors des études en analyse biomédicale puis un baccalauréat en philosophie. Désireux de se frotter à la haute cuisine, il rejoint ensuite l’Hôtel Herman auprès de Marc-Alexandre Mercier. Pour vaincre un léger syndrome de l’imposteur, il s’inscrit à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, mais l’expérience tourne court au bout d’une seule session, le rythme académique s’avérant trop lent pour son tempérament de feu. Il décide alors de tracer sa propre route, s’offrant un stage formateur au restaurant Relæ à Copenhague, avant de prendre ses premières fonctions de chef de cuisine Chez l’Épicier, à l’invitation de Laurent Godbout.
Le défi de l’ancrage en Mauricie
La nostalgie de sa région natale et le désir d’une proximité accrue avec la nature poussent Samy Benabed à envisager un retour en Mauricie. L’occasion se présente lorsque son ami Nicholas Trottier-Lacourse lui apprend que ses parents souhaitent vendre l’Auberge Saint-Mathieu. Le projet est ambitieux, mais la pandémie de COVID-19 vient brusquement geler l’économie mondiale. Loin de décourager les deux associés, cette pause forcée leur permet d’affiner leur vision créative. Pendant trois saisons, Samy assume seul la gestion de la cuisine pour tester la viabilité du concept.
Le soutien financier indispensable de la famille de son associé a permis de concrétiser un projet boudé par les institutions bancaires traditionnelles. En janvier 2023, le rachat est enfin acté avec quatre associés. Les débuts sont rudes: transformer une cuisine résidentielle en espace professionnel, rénover les chambres sans trésorerie et affronter l’absence de salaire durant trois mois de fermeture. Le salut vient au printemps, lorsque Samy remporte le prix de la Révélation de l’année aux Lauriers de la gastronomie. L’engouement médiatique qui s’ensuit remplit instantanément les tables et lance définitivement l’aventure.
Une partition culinaire dictée par l’instant
À l’Auberge Saint-Mathieu, le menu n’est pas figé par des techniques immuables, il est dicté par le défilé des saisons visible à travers la grande baie vitrée de la salle à manger. Le chef travaille dans l’urgence du produit éphémère, capturant la délicatesse d’une récolte de petits pois avant qu’elle ne disparaisse. L’hiver, sa cuisine se fait plus enveloppante, privilégiant les bouillons profonds et les infusions réconfortantes pour offrir aux convives une véritable suspension temporelle.
Pour ce passionné de musique, chaque assiette se compose à la manière d’un échantillonnage de hip-hop, croisant souvenirs d’enfance et joyaux du terroir québécois. S’il n’avait pas choisi les fourneaux, cet artiste dans l’âme aurait pu s’orienter vers la composition musicale, l’architecture ou le design graphique. Ses racines marocaines se mêlent à des techniques japonaises ou à des réinterprétations de plats traditionnels québécois comme le pâté chinois, créant une identité culinaire unique, libre de toute contrainte formelle.
Une durabilité naturelle dénuée de dogme
L’obtention de l’étoile verte Michelin vient récompenser une philosophie de travail rigoureuse. Pour réduire le gaspillage, le chef et son équipe ont imaginé Le Comptoir, une buvette adjacente à l’auberge qui permet de valoriser l’intégralité des matières premières et les découpes non utilisées dans le menu gastronomique. Le compostage et le circuit court font partie intégrante du quotidien de l’établissement.
Loin des discours militants, le chef applique au quotidien une démarche écoresponsable guidée par le simple bon sens et le respect des matières premières. Samy Benabed récuse d’ailleurs poliment l’étiquette de militant environnemental. Pour lui, cette approche n’est pas une posture marketing ou un combat idéologique, mais une évidence professionnelle, un réflexe logique et presque inné pour quiconque travaille en symbiose avec son territoire.
Le management bienveillant comme clé de voûte
Derrière le succès de l’Auberge Saint-Mathieu se cache une vision managériale moderne et profondément humaine. Le chef privilégie une atmosphère de travail sereine, désamorçant les tensions par l’humour et le calme, même face aux imprévus techniques. Les pourboires sont répartis de manière équitable entre la salle et la cuisine, et chaque après-midi à seize heures, l’ensemble de la brigade suspend son activité pour partager un repas autour de la même table.
L’établissement se distingue par un modèle social fort où la cohésion de l’équipe passe avant tout par des rituels partagés et une redistribution équitable des gains. Cette philosophie porte ses fruits: le taux de rétention du personnel est exceptionnel, et de nombreux stagiaires demandent à revenir s’installer durablement en Mauricie. C’est le cas de Jana Larose, d’abord sous-cheffe de Samy, qui a pris la direction du Comptoir et a été sacrée à son tour Révélation de l’année, confirmant que l’Auberge Saint-Mathieu est autant un laboratoire de saveurs qu’un formidable incubateur de talents.
Informations pratiques sur l’Auberge Saint-Mathieu
- Adresse: Saint-Mathieu-du-Parc, Mauricie, Québec, Canada
- Site officiel: aubergesaintmathieu.com
- Type de cuisine: Gastronomie d’instinct et du terroir québécois