- Où : Rue du Pas-Saint-Georges, au cœur du quartier Saint-Pierre à Bordeaux.
- Chef et table : Le chef étoilé Philippe Etchebest signe une nouvelle adresse nommée Le Classique.
- Chiffre : 23 décembre, date d’ouverture officielle de l’établissement.
- Nouveauté : Un retour aux sources de la cuisine bourgeoise et traditionnelle française dans un décor de brasserie rétro.
C’est au cœur du quartier Saint-Pierre, dans la rue piétonne du Pas-Saint-Georges, que Philippe Etchebest a établi sa nouvelle adresse bordelaise baptisée Le Classique. Inaugurée le 23 décembre dernier, cette table suscite déjà l’engouement des gastronomes en quête d’authenticité et de nostalgie. Derrière une élégante façade vert anglais se cache un véritable voyage dans le temps, pensé comme un hommage vibrant à la grande tradition culinaire française et à la mémoire familiale du chef. Dès le seuil franchi, le ton est donné · l’adresse rompt avec les codes de la modernité épurée pour embrasser le charme feutré des brasseries rétro d’autrefois.
Une ode nostalgique aux fondamentaux de l’art de vivre français
Dans un paysage gastronomique souvent dominé par la quête d’innovation permanente et de concepts éphémères, Philippe Etchebest prend le contre-pied en opérant un retour salvateur aux sources. Pour le chef étoilé, la créativité ne peut s’épanouir sans une maîtrise parfaite des bases historiques de la cuisine nationale. Le Classique se veut un conservatoire du goût et du geste traditionnel, remettant au goût du jour des recettes parfois oubliées ou délaissées par les nouvelles générations de cuisiniers en raison de leur complexité technique. Ce projet mûrit depuis de nombreuses années dans l’esprit du chef, qui souhaitait redonner ses lettres de noblesse à une cuisine bourgeoise, généreuse et rigoureuse.
Un écrin feutré au cœur du quartier Saint-Pierre
Le décor du restaurant a été minutieusement orchestré pour envelopper les convives dans une atmosphère mystérieuse et tamisée. Boiseries en acajou chaleureuses, miroirs d’époque aux reflets dorés, lustres en cristal majestueux et tables drapées de nappes blanches immaculées composent une scénographie d’une grande élégance. L’accueil y est particulièrement attentionné et chaleureux, les équipes en salle affichant une complicité bienveillante avec les clients. Avant même de parcourir la carte, la table est honorée de gougères au gruyère servies toutes chaudes, un prélude réconfortant qui donne immédiatement le ton de l’expérience à venir.
L’exigence des recettes ancestrales et familiales
La carte du Classique se lit comme un inventaire du patrimoine culinaire français, exécuté avec une précision chirurgicale. On y retrouve des monuments de la table tels que le tournedos Rossini, le canard à l’orange, la quenelle de brochet ou encore le traditionnel pâté en croûte. Pour le chef, la difficulté réside dans l’excellence absolue des cuissons, la limpidité des bouillons et la profondeur des sauces, véritables signatures de notre culture. Philippe Etchebest a également intégré des recettes historiques méconnues, à l’instar de la terrine de foie gras Lucullus, préparée avec de la langue de bœuf. Pour les desserts, l’émotion se fait plus personnelle puisque le chef a repris telles quelles les recettes de son père, Jean-Pierre Etchebest, qui tenait autrefois le restaurant Le Chipiron à Bordeaux. La mousse au chocolat et l’île flottante, saluée par la critique comme l’une des meilleures du pays, restent inchangées et éveillent une délicieuse nostalgie. Une crème brûlée façon Paul Bocuse, très fine et brûlée sur glace pour conserver un contraste thermique saisissant, complète cette offre sucrée régressive.
Le spectacle de la salle et la transmission du geste
L’une des grandes ambitions du Classique est de replacer le service en salle au cœur de l’expérience gastronomique. À une époque où le service s’est parfois simplifié à l’extrême, cet établissement réhabilite le travail au guéridon, les découpes de canard et le flambage des crêpes Suzette devant le client. Ce choix d’un service haut de gamme implique une logistique humaine considérable, nécessitant neuf serveurs là où trois suffiraient pour soixante couverts dans une configuration classique. Sous la direction d’Adrien, directeur de salle, et de Maximilien, responsable de salle, l’établissement fonctionne comme un véritable centre de formation. Les jeunes recrues y acquièrent un savoir-faire rare et précieux, garantissant la pérennité de métiers de salle aujourd’hui en tension.
Un ancrage bordelais solide face aux mutations de la scène locale
Arrivé à Bordeaux en 1978 avec ses parents, Philippe Etchebest porte un regard lucide et fier sur sa ville d’adoption. Il a assisté à la métamorphose de celle que l’on surnommait autrefois la Belle Endormie, une cité où la gastronomie restait dans l’ombre du prestigieux vignoble. Grâce à des pionniers des années 80 comme Jean-Marie Amat, Francis Garcia ou Michel Carrère, Bordeaux a entamé sa révolution culinaire. Aujourd’hui, la métropole bordelaise brille par son dynamisme exceptionnel et l’émergence d’une multitude de jeunes talents, même si le chef regrette parfois une surabondance d’offres par rapport au nombre d’habitants. Le Classique s’inscrit ainsi comme la quatrième adresse du groupe dans la ville, complétant une offre variée allant de la restauration rapide premium avec Signature à la haute gastronomie doublement étoilée de Maison Nouvelle, sans oublier La Table d’Hôte et Le Quatrième Mur.
Résilience et solidarité face aux crises contemporaines
Si le chef se consacre pleinement à la transmission au sein de sa nouvelle table sans pour autant y cuisiner lui-même, il reste profondément connecté aux réalités de son territoire. Les violents incendies et les vagues de chaleur qui ont frappé la Gironde durant l’été ont profondément marqué le professionnel et l’homme. Ces événements climatiques ont entraîné des baisses de fréquentation importantes, de l’ordre de 25 % pour Le Quatrième Mur à Bordeaux, et jusqu’à 80 % pour ses confrères du bassin d’Arcachon. En réponse, Philippe Etchebest s’est mobilisé sur le terrain en organisant un concert caritatif gratuit avec son groupe de rock, Chef & The Gang, au Porge et à Lacanau. Lorsqu’il s’accorde de rares instants de liberté, le chef aime se ressourcer sur le bassin d’Arcachon pour déguster des huîtres au port de Larros, ou s’approvisionner en pain d’exception chez Serge Combarieu, au Pétrin Moissagais, une boulangerie bordelaise réputée pour son four historique napoléonien.